Un cauchemar, ca s’arrête quand ?

4052011

Avez-vous déjà vécu un cauchemar de plus d’un an et demi ?

Vous êtes-vous déjà endormi le soir en vous disant « ce n’est pas possible » et en ressentant une lassitude dans un combat perdu d’avance ?

Vous est-il arrivé de pleurer en dormant ou de rêver que vous tombez ?

Vous êtes-vous déjà réveillé chaque jour en vous disant « ce n’est pas possible »?

Sursautez-vous aux sonneries de téléphone un peu trop tôt ou un peu trop tard ?

Vous êtes-vous déjà dit « Je n’en peux plus, il faut que ce cauchemar cesse »?

 

Ces choses-là m’arrivent quotidiennement depuis le 9 février 2010.

Ce jour-là une nouvelle tombe : ma soeur, ma Grande Soeur, est atteinte d’une tumeur au cerveau. On me l’annonce sur le parking de l’hôpital. Je hurle et j’en veux à cette personne qui m’annonce ce diagnostic. Je ne l’accepte pas. Je suis sûre qu’elle me ment. Ma soeur, ma Grande Soeur, ne me ferait jamais ça.

Pourtant, mes parents me le confirmeront à mon arrivée.

Ma soeur, ma Grande Soeur, a une tumeur au cerveau. Il faut que je l’accepte. Mais je n’y arrive pas. Je ne peux accepter.

Je rigolais avec elle le jour de son anniversaire quelques jours plus tôt. Je la taquinais car elle avait l’âge du Christ… 33 ans.




Une chanson qui m’accompagne

1082011

Ne t’en vas pas
par Lynda Lemay

Ne t’en va pas
J’me suis pas préparée du tout
À t’ regarder
Plonger à pieds joints dans ce trou

Creusé pour toi
Et au-d’ssus duquel un curé
Te survivra
En prônant des absurdités

Je hais déjà
Celui qui aurait maquillé
D’un teint trop mat
Ton doux visage inanimé

Ne t’en va guère
Je n’ connais même pas les fleurs
Que tu préfères
Pour te les j’ter par dessus coeur

Ne t’en va pas
Te confiner aux oubliettes
Je n’ suis pas prête
À te coiffer de cette croix
Où l’on aurait
Gravé ton nom avec des dates
Que l’on plant’rait
Comme un vulgaire plant d’ tomates

Ne t’en va pas
Nourrir ce grand champ de squelettes
Ne t’en va pas
Ne fais pas çà, ce s’rait trop bête

Vas-y, respire
N’écoute pas ces maudits docteurs
Qui traitent ton coeur
Comme un fossile, comme un souv’nir

Ne t’en va pas
Çà f’rait trop d’ monde à consoler
Tant pis pour toi
T’avais qu’à pas tant nous aimer

J’ t’achèterai pas
De jolie boîte en bois verni
Reviens chez toi
Dans ta maison et dans ton lit

Dis-moi quel ange
Dis-moi quelle volonté divine
Voudraient qu’ tu manges
Des pissenlits par la racine

Çà doit déjà
Être bourré d’âmes au firmament
Et t’as pas l’ droit
D’abandonner femme et enfants

Vas-y, bats-toi
T’es un vrai lion, sors-nous tes griffes
Ne t’endors pas
À l’étage des soins intensifs

C’est pas ton heure
Et çà n’est pas demain la veille
Que ton grand coeur
Aura à c’ point besoin d’ sommeil

Ne t’en va pas
J’vais t’en payer des grands voyages
Où tu voudras
Au Grand Canyon ou à la plage

Mais pas là-bas
Où l’ monde débarque sans bagages
Je sais qu’ t’es pas
Encore rendu au bout d’ ton âge

C’est pas fatal
Simplement parce que c’est critique
Je sais qu’ t’as mal
Je suis peut-être égocentrique

Mais j’ te l’demande
Parce que je l’ sais
Qu’ j’ m’en r’mettrais pas
Ne t’en va pas
J’me sens pas encore assez grande

Pas assez forte
Pour te laisser aller cogner
À la vieille porte
D’une gourmande éternité
Reviens chez toi
Et laisse le ciel te mériter




Une fête des mères particulière

11052011

Ce dimanche c’était la fête des mères.
Normalement les enfants sont heureux de préparer les bricolages, très fiers et impatients de pouvoir les offrir à leur maman.

Mais qu’arrive-t-il quand la maman n’assure plus son rôle ? Qu’arrive-t-il quand la maman ne vit plus à la maison ? Qu’arrive-t-il quand la maman ne reconnait plus vraiment ses enfants ?

Cette journée qui est censée être une fête peut vite se transformer en moment très douloureux. Je pense à mes deux petites nièces qui ont préparé pendant deux semaines leurs bricolages à l’école. Cette préparation qui a accentué le fait que leur maman n’est plus ce qu’elle était. Je pense aussi aux futures fêtes des mères, elles seront douloureuses pour ces trois petits anges…




Le parloir…

4052011

Suite à des maux de tête terribles, ma Grande Soeur est hospitalisée le samedi. Le lundi, on constate que « quelque chose » bloque le liquide rachidien. Une IRM est programmée, le verdict tombe : c’est une tumeur. On n’en saura pas plus, il faut des analyses. Ma Grande Soeur subira une opération le soir-même pour poser un drain afin d’évacuer la pression. Le neurochirurgien en profitera pour faire un prélèvement de cette boule… Beaucoup de témoignages « positifs » nous arrivent. Nombreuses personnes ont été opérées d’une tumeur au cerveau et n’en sont pas morts. Nous prenons espoir et nous accrochons aux cas qu’on nous rapporte.

Vient le vendredi. Mon papa, ma maman, le mari de ma Grande Soeur et moi sommes réunis autour d’elle aux soins intensifs. Nous attendons nerveusement l’arrivée de la neurochirurgienne qui doit nous annoncer le diagnostic et la suite du traitement.
Enceinte de 6 mois, nous pensons que nous ne connaîtrons jamais ma troisième nièce.

Le parloir
La venue de la neurochirurgienne est annoncée. L’infirmière nous guide jusqu’au parloir. Nous entrons dans cette pièce blanche, sans fenêtre, sans cadres, sans touches de couleur. Tout est blanc, à part la porte jaune.
Nous sommes installés sur des chaises, nous attendons.
La neurochirurgienne entre. Son visage est fermé, son regard peu assuré. Très vite, avant qu’elle ouvre la bouche, j’ai compris que ce qui allait suivre n’allait pas correspondre aux cas « positifs » dont on m’a parlé pendant toute la semaine.
La neurochirurgienne commence. Elle nous explique l’opération du lundi, puis la suite. Ma Grande Soeur va être réopérée afin d’enlever une partie de la tumeur. Ensuite elle pourra faire des rayons et de la chimiothérapie pour diminuer encore la taille de la tumeur.
Mais la tumeur ne disparaîtra pas. La tumeur est maligne, de grade 2 ou 3, un astrocytome de grade 2 ou 3. Mais surtout elle est très mal localisée. Elle a infiltré l’hypothalamus et l’hypophyse. On ne peut pas y toucher.
Après plusieurs minutes, la neurochirurgienne l’annonce… le terme Incurable tombe.
La pièce se met alors à tourner. Les murs se rapprochent. Le plafond baisse vers nous. Je me concentre sur les petits carrés de la fibre de verre sur les murs. Ma tête devient lourde. Je vois ma maman et mon papa les yeux rougis, la peau pâle, je vois le mari de ma Grande Soeur, introverti de nature, se replier encore plus sur lui. Plus personne ne parle. Maman a refermé son carnet dans lequel elle avait préparé ses questions. Le silence lourd plane. Chacun essaie d’intégrer l’information. Le terme « incurable » raisonne dans ma tête. Que veut vraiment dire la neurochirurgienne ? Le silence se rompt, mon papa pose LA question que tout le monde a dans la tête… « combien de temps? », la neurochirurgienne hésite… puis dit d’une voix plus basse « entre six mois et 2 ans »…

La neurochirurgienne se relève, mes parents la remercient, j’étouffe, je ne sais plus rien dire, plus rien faire. Je suis dans un état second. La porte s’ouvre, je fuis. Les autres retrouvent les visiteurs des soins intensifs. Moi je fuis, je pars d’ici. Je ne veux plus rester là. Je pars, je retourne à ma voiture. Tout ça n’est pas vrai, c’est un cauchemar. Je vais me réveiller. Ca ne peut pas être vrai. C’est une erreur médicale. Je vais trouver un meilleur médecin. Je vais trouver un remède.
Je vais me réveiller.

Je veux oublier ce parloir. Cette pièce froide, cette pièce blanche, cette pièce étroite, cette pièce éclairée aux néons.

Ce parloir sera le cimetière de mon innocence, de mon insouciance, de ma confiance, de ma force, de mon bonheur passé, de mon optimisme. Jusque là je vivais au pays des bisounours. Cette pièce m’a définitivement réveillée. et pourtant j’ai toujours cette impression de dormir. Que tout cela n’a pas existé. Que tout va revenir comme avant. Que ma Grande Soeur va prendre son téléphone et me proposer une sortie avec les enfants.
Après un an et 3 mois, j’attends toujours mais rien ne s’est passé. Son dernier SMS date de janvier 2010 « Coucou, je peux reprendre N à l’école si tu veux, bisous »…







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